Lundi 15 février 2010 à 15:16

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"     L'esprit chagrin fait que l'on est jamais content de personne, et que l'on fait aux autres mille plaintes sans fondement. Si quelqu'un fait un festin, et qu'il se souvienne d'envoyer un plat à un homme de cette humeur, il ne reçoit de lui pour tout remerciement que le reproche d'avoir été oublié : "Je n'étais pas digne, dit cet esprit querelleux, de boire de son vin, ni de manger à sa table." Tout lui est suspect, jusques aux caresses que lui fait sa maîtresse : "Je doute fort, lui-dit il, que vous soyez sincère, et que toutes ces démonstrations d'amitié partent du coeur." Après une grande sécheresse venant à pleuvoir, comme il ne peut se plaindre de la pluie, il s'en prend au ciel de ce qu'elle n'a pas commencé plus tôt. Si le hasard lui fait voir une bourse dans son chemin, il s'incline : "Il y a des gens, ajoute-t-il, qui ont du bonheur, pour moi, je n'ai jamais eu celui de trouver un trésor." Une autre fois, ayant envie d'un esclave, il prie instamment celui à qui il appartient d'y mettre le prix; et dès que celui-ci, vaincu par ces importunités, le lui a vendu, il se repent de l'avoir acheté : "Ne suis-je pas trompé? demande-t-il, et exigerait-on si peu d'une chose qui est sans défauts? " A ceux qui lui font les compliments ordinaires sur la naissance d'un fils et sur l'augmentation de sa famille : "Ajoutez, leur dit-il, pour ne rien oublier, sur ce que mon bien est diminué de la moitié." Un homme chagrin, après avoir eu de ses juges ce qu'il demandait, et l'avoir emporté tout d'une voix sur son adversaire, se plaint encore de celui qui a écrit ou parlé pour lui, de ce qu'il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause; ou lorsque ses amis ont fait ensemble une certaine somme pour le secourir dans un besoin pressant, si quelqu'un l'en félicite et le convie à mieux espérer de la fortune : "Comment, lui répond-il, puis-je être sensible à la moindre joie, quand je pense que je dois rendre cet argent à chacun de ceux qui me l'ont prêté, et n'être pas encore quitte envers eux de la reconnaissance de leur bienfait? "

"Les caractères" de Théophraste
Inconnu

Jeudi 14 janvier 2010 à 21:37

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texte : "Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi", Michel Odoul
image : Road song sunset, Pete Turner

Inconnu

Samedi 12 décembre 2009 à 11:36

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" Il brama trois fois
puis on ne l'entendit plus
le cerf sous la pluie"

Yosa Buson

inconnu

Dimanche 28 juin 2009 à 13:56

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"Etre élu est une notion théologique qui veut dire : sans aucun mérite, par un verdict surnaturel, par une volonté libre, sinon capricieuse, de Dieu, on est choisi pour quelque chose d'exceptionnel et d'extraordinaire. C'est dans cette conviction que les saints ont puisé la force de supporter les plus atroces supplices. Les notions théologiques se reflètent, telle leur propre parodie, dans la trivialité de nos vies; chacun de nous souffre (plus ou moins) de la bassesse de sa vie trop ordinaire et désire y échapper et s'élever. Chacun de nous a connu l'illusion (plus ou moins forte) d'être digne de cette élévation, d'être prédestiné et choisi pour elle.
Le sentiment d'être élu est présent, par exemple, dans toute relation amoureuse. Car l'amour, par définition, est un cadeau non mérité; être aimé sans mérite, c'est même la preuve d'un vrai amour. Si une femme dit : je t'aime parce que tu es intelligent, parce que tu es honnête, parce que tu m'achètes des cadeaux, parce que tu ne dragues pas, parce que tu fais la vaisselle, je suis déçu; cet amour a quelque chose d'intéressé. Combien il est plus beau d'entendre : je suis folle de toi bien que tu ne sois ni intelligent ni honnête, bien que tu sois menteur, égoïste, salaud."

La lenteur
Milan Kundera

Inconnu

Lundi 30 mars 2009 à 21:41

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Les Sages d'autrefois,qui valaient bien ceux-ci,
Crurent,et c'est un point encor mal éclairci,
Lire au ciel les bonheurs ainsi que les désastres,
Et que chaque âme était liée à l'un des astres.
(On a beaucoup raillé,sans penser que souvent
Le rire est ridicule autant que décevant,
Cette explication du mystère nocturne.)
Or ceux là qui sont nés sous le signe Saturne,
Fauve planète,chère aux nécromanciens,
Ont entre tous,d'après les grimoires anciens,
Bonne part de malheur et bonne part de bile.
L'imagination inquiète et débile,
Vient rendre nul en eux l'effort de la Raison.
Dans leurs veines le sang,subtil comme un poison,
Brûlant comme une lave,et rare,coule et roule
En grésillant leur triste Idéal qui s'écroule.
Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
Mourir,-en admettant que nous soyons mortels,-
Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
Par la logique d'une Influence maligne.

Paul Verlaine
photo : inconnu

 

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